Cet « extraordinaire », que mes ancêtres ont occulté ou vécu en silence ; ce « fabuleux » qu’ils ont planqué dans leurs greniers, par peur de l’inconnu, du bizarre, de « ce qui ne se fait pas ».
Ce « singulier » dont j’hérite aujourd’hui, et qui fait littéralement exploser les caisses au fond desquelles il était enfermé depuis des dizaines d’années, hypothéqué, rongé par les souris, moisi par l’humidité des bâtiments d’antan !
Les lignées généalogiques chancellent, bousculées par le temps qui s’évapore, obligées d’offrir à la lumière leurs fronts ruisselants de sueur, et leurs cœurs débordants de souvenirs.
Bien sûr qu’on les aime, même s’ils étaient (pour nous !) des emmerdeurs ! Bien sûr qu’on a de la tendresse pour eux ! Simplement, à présent il nous faut trier tout ce qu’ils ont planté, afin de définir et occuper notre vraie place dans ce long chapelet d’êtres, minuscules perles de la chaîne infinie du Vivant.
Merci de tout cet héritage, mais laissez-nous à présent tricoter notre destinée en toute quiétude, sans être interrompus continuellement par vos reproches, regrets, ou autres conseils obsolètes.

Il est temps pour nous de nous affranchir de vous et de votre histoire.
Votre histoire : celle des manuels scolaires et des arbres généalogiques ; celle des litanies religieuses qui brouillent nos lacs intérieurs, en y balançant de vieux pavés qui n’ont plus rien à voir avec la réalité.

Nous sommes en train de rédiger notre propre légende, et d’acquérir notre part d’humanité : cela, vous ne pouvez nous en empêcher !
VSF